DESCRIPTION TECHNIQUE

La biofumigation consiste à incorporer dans le sol des plantes cultivées (surtout la moutarde) afin de combattre certains organismes : le plus souvent les nématodes, plusieurs maladies du sol et des semences de mauvaises herbes. La décomposition des plantes biofumigantes produit des composés gazeux toxiques pour ces organismes.

Les composés biofumigants sont émis dans les premières minutes suivant le déchiquetage de la moutarde ou d’autres crucifères. Il est donc crucial que l’enfouissement soit réalisé immédiatement après cette étape. La pénétration des composés volatils est améliorée si le sol est scellé par un paillis plastique ou par la compaction avec un rouleau. De plus, le sol doit être humide pour favoriser la biofumigation. Il est donc important de ne pas effectuer l’enfouissement par temps sec ou de prévoir un mode d’irrigation.

Des bactéries biostimulantes (commeTrichoderma harzanium et Coniothyrium minitans) sont favorisées par la biofumigation, démontrant bien que les effets bénéfiques de la biofumigation dépassent la seule conséquence directe en influençant plusieurs volets de la régie intégrée. Les plantes biofumigantes constituent également une forme d’engrais vert.

Faits saillants

Généralités

  • Sert d’alternative aux fumigants chimiques dont le métam sodium et des composés halogénés (ex. bromure de méthyle et chloropicrine)

  • Doit être implanté suffisamment tôt en saison pour permettre la floraison

  • Sert en quelque sorte d’alternative à une rotation plus longue

  • Doit être conjugué avec un paillis plastique ou le roulage (compactage superficiel) du sol

  • S’applique aux cultures maraîchères et fruitières

  • Traitement choc curatif à utiliser contre une problématique persistante

Avantages

  • Augmente la matière organique du sol

  • Favorise les bactéries biostimulantes du sol

  • Élimine les risques posés par la fumigation chimique sur la pollution atmosphérique, l’environnement et la santé humaine

  • Représente des coûts d’opérations semblables à ceux de la fumigation chimique

Défis

  • Pour être efficace, toutes les étapes doivent être suivies avec rigueur

  • Dépend de la météo, sauf si l’irrigation est possible

  • Représente une perte d’une partie de la saison de croissance

  • La moutarde peut accroître les populations de cécidomyies du choux-fleur

  • Nécessite des équipements pour le hachage et l’incorporation au sol

Champs d'application

Laitue

  • Annuelles
  • Feuilles larges
  • Graminées
  • Nématodes
  • Pourriture pythienne
  • Rhizoctone brun
  • Sclérotiniose

Fraise

  • Annuelles
  • Feuilles larges
  • Graminées
  • Nématodes
  • Fusariose vasculaire
  • Verticilliose

Carotte

  • Annuelles
  • Feuilles larges
  • Graminées
  • Nématodes
  • Pourriture pythienne
  • Rhizoctone brun
  • Sclérotiniose

Pomme de terre

  • Annuelles
  • Feuilles larges
  • Graminées
  • Nématodes
  • Fusariose vasculaire
  • Pourriture pythienne
  • Rhizoctone brun

Avoine

  • Annuelles
  • Feuilles larges
  • Graminées
  • Nématodes
  • Pourriture pythienne
  • Rhizoctone brun

Seigle

  • Annuelles
  • Feuilles larges
  • Graminées
  • Nématodes
  • Pourriture pythienne
  • Rhizoctone brun

Orge

  • Annuelles
  • Feuilles larges
  • Graminées
  • Nématodes
  • Pourriture pythienne
  • Rhizoctone brun

Blé

  • Annuelles
  • Feuilles larges
  • Graminées
  • Nématodes
  • Pourriture pythienne
  • Rhizoctone brun

Mise en place
à la ferme

  1. Le soutien d’un agronome est fortement conseillé, la mise en place devant être effectuée de façon précise pour assurer l’efficacité de la biofumigation

  2. Choisir une variété de crucifères adaptée à ses conditions et produisant une grande quantité de glucosinolates (précurseurs des molécules actives en biofumigation)

  3. Disposer d’une fenêtre de temps suffisante pour mener la culture biofumigante au stade de floraison

  4. Semer la plante biofumigante et assurer une fertilisation en azote et en soufre

  5. Viser un temps humide ou prévoir un mode d’irrigation pour l’étape du déchiquetage et de l’incorporation

  6. Faucher la culture et déchiqueter les résidus avant de les incorporer immédiatement dans la couche arable (les opérations doivent être effectuées en simultané car les gaz biofumigants sont émis dans les premières minutes après le déchiquetage)

  7. Recouvrir d’un paillis plastique ou compacter la surface du sol à l’aide d’un rouleau

  8. Semer la culture suivante suffisamment longtemps après enfouissement (minimum 14 jours) pour permettre la dégradation complète. Sinon, la culture suivante pourrait subir des dommages

Distributeurs

Personnes-ressources

Maryse
Leblanc

Ph. D., agr., malherbologiste
IRDA

Maxime
Lefebvre

M. Sc., malherbologiste
IRDA

Cesar
Chlela

M. Sc., agr.
Agrocentre Fertibec

Pour plus d’informations

Sources : UNB, 2015 / Kirkegaard et al., 2004 / Boudache, 2013 /  Bello et al., 2001 / Legrand, 2011

Rédigé par Philippe Jetten-Vigeant, agr. et Nicolas Chatel-Launay, B.Sc., entomologiste