DESCRIPTION TECHNIQUE

La technique des insectes stériles consiste à libérer au champ des mâles élevés et stérilisés en laboratoire, afin qu’ils se reproduisent avec des femelles sauvages et les rendent ainsi non fécondes. Le but est d’inonder les champs de mâles stérilisés pour qu’ils entrent en compétition avec les mâles sauvages fertiles. Le résultat visé : 2 mouches stériles pour 1 mouche fertile. On espère ainsi contrecarrer l’accouplement et favoriser la ponte d’œufs vides… comme les œufs de poules qu’on achète à l’épicerie. Ce faisant, les populations sauvages déclinent d’année en année, tout comme les taux d’introduction de mâles stériles. Tout ça, sans avoir recours aux insecticides! N’est-ce pas génial?

La technique peut être appliquée à une panoplie de ravageurs. Au Québec, la technique a été adaptée par Phytodata, la compagnie de recherche du Consortium PRISME pour contrôler la mouche de l’oignon (la fameuse Mouche Rose) et des essais très prometteurs sont en cours pour l’adapter à la mouche du chou.  Les chercheurs de Phytodata se sont également associés à l’IRDA pour adapter la technique au contrôle de la drosophile à ailes tachetées, connue pour faire des ravages dans les petits fruits. Ailleurs dans le monde, la technique de l’insecte stérile est notamment appliquée contre le carpocapse de la pomme (Programme Oskir), le charançon de la patate douce, la lucilie bouchère, les mouches à fruits et les pyrales. Élever des insectes en laboratoire demande une très bonne compréhension de leur biologie (qu’est-ce que ça mange en hiver cette bibitte-là?) et c’est souvent ce qui freine l’adaptation de la technique à d’autres ravageurs.

Faits saillants

Généralités

  • Disponible contre la mouche de l’oignon (Mouche rose)

  • Sert d’alternative au chlorpyrifos 

  • Technique utilisée sur près du tiers (environ 27%) des superficies d’oignon du Québec

  • Doit être conjugué au dépistage

  • Incompatible avec l’utilisation d’insecticides après les premiers relâchers

  • Plus efficace à long terme si les voisins utilisent la même technique

Avantages

  • Ne comporte aucun risque de résistance ou de phytotoxicité

  • Pas d’impact négatif sur les ennemis naturels et les pollinisateurs

  • Pas d’impact négatif sur les sols et les cours d’eau

  • Technique mature contre la mouche de l’oignon

  • S’attaque au ravageur avant qu’il ne cause de dommage sur la récolte

  • Gain de rendement dû à une meilleure gestion du ravageur au niveau régional

Défis

  • Nécessite de l’accompagnement technique pour planifier les lâchers

  • Conditions d’élevage difficiles à déterminer pour d’autres ravageurs

  • Logistique complexe comparativement à certains insecticides

Champs d'application

Ail

  • Mouche de l'oignon

Oignon

  • Mouche de l'oignon

Oignon vert

  • Mouche de l'oignon

Poireau

  • Mouche de l'oignon

Canola

Chou-fleur

Chou pommé

Radis

  • Mouche du chou

Rutabaga

  • Mouche du chou

Bleuet

  • Drosophile à ailes tachetées

Framboise

  • Drosophile à ailes tachetées

Pomme

  • Carpocapse de la pomme

Mise en place
à la ferme

  1. Avec l’aide d’un agronome et pour éviter toute erreur sur la personne, déterminer l’espèce qui ravage vos champs en identifiant les larves présentes sur vos plants grâce à un dépistage

  2. En fonction de la taille des populations sauvages dépistées, évaluer le nombre d’insectes stériles à relâcher et la fréquence des lâchers

  3. Effectuer un lâcher hebdomadaire durant l’activité de la population naturelle (accouplement et ponte), soit de la semaine avant le semis jusqu’à possiblement la récolte

  4. Dépister en continu la population du ravageur (lecture des pièges et suivi du ratio des mouches stériles et sauvages) afin de réajuster au besoin le nombre de mouches relâchées

  5. Observer avec satisfaction le déclin des populations de ravageurs dans vos champs d’année en année

Distributeurs

Coûts

en 2019
283-507$/ha
pour la Mouche Rose de PRISME

Les coûts de lâchers et de suivi des mouches roses, offerts par le Consortium Prisme seulement, varient selon les taux de lâchers et donc l’efficacité visée. Ces taux dépendent de la taille des populations sauvages, de la culture en production et du nombre d’années d’utilisation des insectes stériles. En effet, les taux de lâchers sont généralement plus bas dans l’oignon sec que dans l’oignon vert et peuvent diminuer de 35% en 3 ans tout en maintenant le même niveau d’efficacité que le chlorpyrifos.

La compétitivité des mouches stériles s’est considérablement améliorée depuis 2011. Le coût des mouches stériles rivalise avec celui des applications du chlorpyrifos qui peut varier de 550$/ha à 1155$/ha selon les cultures (Fournier, 2017). En effet, avec la subvention en vigueur du MAPAQ et la diminution des taux de lâcher, même le taux le plus élevé devient moins dispendieux qu’un traitement à dose moyenne de chlorpyrifos.

Subventions

jusqu'à
70-90%
des dépenses admissibles

Programme Prime-Vert Volet 1 | Équipements et pratiques visant la réduction des risques liés aux pesticides – MAPAQ

  • 70-90 % des dépenses admissibles jusqu’à concurrence de 12 000$ / an
  • Programme en vigueur jusqu’en 2023
  • Attention si vous utilisez aussi des trichogrammes ou des diffuseurs à phéromones, les subventions sont cumulatives
  • De plus, il y a un plafond de 60 000$ pour la durée du programme pour l’ensemble des équipements et pratiques visant la réduction des risques liés aux pesticides inclus dans le Volet 1
  • Les interventions dans la mise en place et le suivi (dépistage) peuvent être financées via le Programme Services-conseils en agroenvironnement

Consulter votre bureau de direction régionale ou votre conseiller agricole pour plus d’information

Personnes-ressources

Anne-Marie
Fortier

M. Sc., entomologiste
Phytodata

François
Fournier

professeur
Collège Montmorency
450-975-6100 #6920

Annabelle
Firlej

chercheure
IRDA

Sources : Fortier, 2019 (comm. pers.) / Vreysen et al., 2010 / Moriya et al., 2001 / AIEA, 2019

Rédigé par Philippe Jetten-Vigeant, agr. et Nicolas Chatel-Launay, B.Sc., entomologiste

En collaboration avec Anne-Marie-Fortier, directrice scientifique chez Phytodata