DESCRIPTION TECHNIQUE

Les trichogrammes sont des agents de lutte biologique de type parasitoïdes. La majorité des parasitoïdes sont des guêpes ou des mouches qui, pour compléter leur cycle de vie, doivent pondre sur ou dans un hôte. Leurs larves vont ensuite dévorer la pauvre victime de l’intérieur. C’est un peu comme dans le film Alien. Toutefois, les populations naturellement présentes n’offrent pas toujours un contrôle suffisant, c’est pourquoi un marché s’est développé pour fournir de minuscules armées à nos producteurs. Plusieurs espèces sont maintenant disponibles et peuvent être relâchées au champ afin d’augmenter la pression sur les ravageurs des cultures. La plus connue d’entres toutes est la guêpe Trichogramma ostriniae qu’on utilise depuis 1996 au Québec pour contrôler la pyrale du maïs.

Concrètement, les trichogrammes pondent leurs œufs dans les œufs de papillons ravageurs. L’histoire d’horreur commence : leurs larves vont lentement dévorer les bébés ravageurs avant qu’ils n’éclosent. On peut vraiment dire que ça tue le problème dans l’oeuf… Pour ne pas manquer notre coup, il faut faire un suivi serré du stade des ravageurs ciblés au moyen du dépistage ou du réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP). Comme ça, les trichogrammes seront en quantité suffisante quand viendra le temps de contrôler un babyboom de chenilles affamées.

À ce jour, la méthode d’application la plus populaire demeure l’installation manuelle des trichocartes dans les champs. Ces cartes de papier contiennent des œufs de trichogrammes à différents stades de développement afin de permettre une éclosion continue pendant 1 à 2 semaines. Il faut toutefois consulter les directives propres à chaque produit car le nombre d’œufs et l’espèce utilisée varient d’un produit à un autre. Cette méthode d’application demande bien entendu des bras. C’est pourquoi des essais sont en cours pour améliorer la rentabilité de l’utilisation des trichogrammes dans les fruits et légumes de transformation, au moyen de lâchers par drone ou par avion.

Les refuges pour ennemis naturels ou les bandes fleuries sont de bonnes façons d’offrir une cachette et de la nourriture à ceux-ci. Cela dépend bien sûr des conditions qu’on leur offre, notamment en évitant de les asperger d’insecticides. Agrobonsens 101.

Faits saillants

Généralités

  • Disponible commercialement au Québec depuis 1996

  • Sert d’alternative à l’utilisation de BT, de diamides et de pyréthroïdes aux indices de risques allant de faibles à moyens

  • Technique utilisée sur 1312 ha de maïs sucré en 2018, soit 193 fermes dans 14 régions du Québec

  • Doit être implanté avant ou dès l’arrivée du ravageur

  • Doit être conjugué au dépistage

  • Incompatible avec l’utilisation d’insecticide

  • Bénéficie de la présence de refuges pour ennemis naturels

  • Plus efficace à long terme si les voisins utilisent la même technique

Avantages

  • Ne comporte aucun risque de résistance ou de phytotoxicité

  • Pas d’impact négatif sur les ennemis naturels et les pollinisateurs

  • Ne dépend pas de la météo

  • S’attaque au ravageur avant qu’il ne cause de dommage sur la récolte

Défis

  • Nécessite plus de temps de main d’oeuvre

  • Difficile à mettre en oeuvre sur de grandes superficies sans moyens adaptés (ex. drones, avions, etc.)

Champs d'application

Poireau

  • Teigne du poireau

Oignon

  • Teigne du poireau

Oignon vert

  • Teigne du poireau

Ail

  • Teigne du poireau

Chou chinois

  • Fausse-arpenteuse du chou
  • Fausse-teigne des crucifères
  • Piéride du chou

Brocoli

  • Fausse-arpenteuse du chou
  • Fausse-teigne des crucifères
  • Piéride du chou

Radis

  • Fausse-arpenteuse du chou
  • Fausse-teigne des crucifères
  • Piéride du chou

Chou pommé

  • Fausse-arpenteuse du chou
  • Fausse-teigne des crucifères
  • Piéride du chou

Pomme

  • Petit carpocapse de la pomme
  • Carpocapse de la pomme
  • Tordeuse à bandes obliques

Maïs sucré

  • Pyrale du maïs
  • Vers-gris occidental du haricot

Houblon

  • Pyrale du maïs

Poivron

  • Pyrale du maïs

Tournesol

  • Pyrale du maïs

Mise en place
à la ferme

  1. Faire un suivi des ravageurs au moyen du dépistage ou du réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) pour déterminer la date de la première introduction de trichogrammes dans sa région. Dans le cas du maïs, cette date coïncide avec les premières captures d’adultes ou l’atteinte du stade 4 à 6 feuilles

  2. Avec l’aide d’un conseiller, calculer le taux d’application et commander le nombre de trichocartes selon la superficie à traiter et les directives du manufacturier

  3. Installer les trichocartes dans le champs. Se référer aux directives du manufacturier pour déterminer la façon dont les cartes doivent être distribuées dans le champ

  4. Répéter les applications à l’intervalle donnée par la compagnie tout au long de la période de ponte du ravageur. Dans le cas de la pyrale du maïs, de 4 à 5 applications sont nécessaires.

  5. Pour plus de détails sur les étapes de mise en place des trichogrammes dans le maïs sucré, consultez la brochure préparée par Para-Bio

Distributeurs

Coûts

353 à 706$/ha
pour des introductions en champs

Selon une étude de l’IRDA de 2018, l’utilisation de trichogrammes revient à 353,10$/ha (3 lâchers) dans le maïs sucré de transformation, alors que cela coûte de 470,80$/ha (4 lâchers) à 706,20$/ha (6 lâchers) pour le maïs sucré frais, plus gourmand en termes de lâchers. Ces prix incluent le coût des trichogrammes et la main d’oeuvre pour l’installation des trichocartes. À titre indicatif, sachez qu’avec l’aide financière de 70% du MAPAQ, les coûts se situent plutôt de 116,43$/ha à 232,86$/ha. Certaines fermes peuvent même être subventionnées à 90%.

La technique est assez efficace pour remplacer complètement les pesticides contre la pyrale du maïs sur de petites superficies. Pour ce qui est des lâchers sur de grandes superficies (ex. drone, avion), le coût de traitement (à l’étude) comporte un coût fixe d’application et un coût variable relié à la superficie traitée. Comme les traitements en régie conventionnelle sont à coût fixe, l’utilisation drones devient plus rentable que le calendrier de traitement classique (2 x MATADOR + 1 x CORAGEN) lorsque les applications se font sur plus de 12 ha.

D’autres espèces de parasitoïdes peuvent être utilisées pour contrôler les ravageurs. Vous trouverez plus d’informations sur celles-ci en consultant la fiche parasitoïdes.

Subventions

jusqu'à
70-90%
des dépenses admissibles

Programme Prime-Vert Volet 1 | Équipements et pratiques visant la réduction des risques liés aux pesticides – MAPAQ

  • 70-90 % des dépenses admissibles jusqu’à concurrence de 12 000$ / an
  • Programme en vigueur jusqu’en 2023
  • Attention si vous utilisez aussi des mouches stériles ou des diffuseurs à phéromones, les subventions sont cumulatives
  • De plus, il y a un plafond de 60 000$ pour la durée du programme pour l’ensemble des équipements et pratiques visant la réduction des risques liés aux pesticides inclus dans le Volet 1
  • Les interventions dans la mise en place et le suivi (dépistage) peuvent être financées via le Programme Services-conseils en agroenvironnement

Consulter votre bureau de direction régionale ou votre agronome pour plus d’information

 

jusqu'à
70%
des dépenses admissibles

Programme Prime-Vert Sous-volet 3.3 | Appui individuel aux entreprises agricoles pour la réalisation d’essais d’implantation de pratiques agroenvironnementales – MAPAQ

  • 70 % des dépenses admissibles jusqu’à concurrence de 15 000$ sur 3 ans
  • Pour être admissible, le projet doit consister en des essais d’utilisation de trichogrammes contre la pyrale dans le maïs sucré

Consulter votre bureau de direction régionale ou votre agronome pour plus d’information

Personnes-ressources

Mylène
St-Onge

Ph.D., Directrice scientifique
Anatis Bioprotection

Stéphane
Dupuis

Président
Para-Bio

Annie-Ève
Gagnon

Ph.D., Chercheure

Pour plus d’informations

Sources : Jean, 2017 / Djukic, 2017 / Charbonneau et al., 2017 / Gagnon, 2015

Rédigé par Philippe Jetten-Vigeant, agr et Nicolas Chatel-Launay, B.Sc., entomologiste

En collaboration avec Josée Boisclair, agr. et Mylène St-Onge, Ph.D.